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Démocratie Liquide, Démocratie Libre

vendredi 4 mai 2012, par Jean-Noël Montagné

Pour vous présenter le concept de démocratie liquide que nous tentons d’utiliser en interne au PP-Alsace, nous partageons avec vous un billet d’humeur de Jean-Noël Montagné, encore en cours de de rédaction et modifications, librement disponible sous licence Creative Commons BY-ND 2.0

Peut-on concevoir une démocratie qui échappe au système pyramidal de la tribu et de son chef ?

Pourrait-on s’aider de technologies numériques pour fonder et entretenir une vraie démocratie ? Pourrait-on trouver des outils d’information politique qui permettent de s’affranchir de la pensée unique des médias ? Pourrait-on garantir transparence et respect des libertés individuelles et collectives ?

Je vois déja dans certaines têtes un grand nombre de clignotants oranges ou rouges s’allumer.... Quoi ? donner la parole aux vrais gens ? démagogie ! populisme ! dictature des citoyens ! groupes de pression ! lobbies ! poujadismes ! corporatismes ! irrationalités ! emballements !

Et pourtant, un peu partout dans le monde, depuis une dizaine d’années, des citoyens et des élus se rendent compte que les outils numériques en ligne, sur des technologies de base de données, permettent à la fois de recueillir de l’information et des propositions, de garantir la transparence des débats, et de faire émerger du décisionnel. Démocratie Libre, Démocratie Liquide, Démocratie Participative, Démocratie Fractale, Vraie Démocratie, Nouvelle Démocratie Directe, Démocratie Numérique, Démocratie Ouverte, E-Democratie, Cyberdémocratie.... des dizaines de concepts émergent et s’expérimentent, dans le silence de la pensée unique de la classe politique et médiatique française, bien effrayée que l’on touche à son terrain de jeu bicentenaire.

Deux exemples de consultation citoyenne à 10 ans d’intervalle :

En 2002, le maire de Hamburg, en Allemagne, ville d’un million et demi d’habitants à l’époque, jumelée avec Marseille en France, décide de consulter les citoyens sur les grandes orientations de la ville, aidé par des outils numériques permettant de recueillir, présenter, débattre et voter n’importe quelle proposition citoyenne. L’université de Hamburg-Harburg conçût alors un outil numérique expérimental qui permit de recueillir et débattre, pour un premier test, plus de 54 idées uniques, dont cinq furent retenues pour réalisation. Voici ce qu’en dit le maire, après la consultation : "Je n’ai jamais vu de discussions aussi créatives et qui aient généré autant de bonnes idées"

En 2012, plus près de nous, le maire de Grigny, près de Lyon, lance la 7ème année de consultation de la population, et pas pour décider de l’emplacement des guirlandes de Noël, mais pour le budget 2013 de la commune ! C’est le Budget Participatif. Pour donner une idée de l’importance des propositions citoyennes retenues à Grigny : le budget participatif 2011 représente 25% du montant global du budget d’investissement 2011.

La démocratie aidée par le numérique est donc possible ! après tout, ce n’est que de la récolte, de la gestion et du stockage de parole, puis de la divulgation de données par réseau, cela ne pose pas de problème technique majeur, mais des choix éthiques.... Que faudrait-il mettre dans la marmite pour vraiment réinvestir de citoyen dans la vie de la cité ?

La noble politique, à l’échelle locale comme à des échelles plus grandes, devrait d’abord être un système de récolte et de présentation de propositions, ouvert à tous, dès l’âge de raison, par grandes thématiques, dans les territorialités qui nous concernent, puis par thématiques affinées, jusqu’à la détection optimale de toutes les problématiques collectives.

- Des outils et des fonctionnalités doivent permettre de discerner les grandes tendances consensuelles, aussi bien que les propositions alternatives.

- Pour chaque proposition ou groupe de proposition recueillant intérêt, il est nécessaire d’associer un débat, sous forme de forum en ligne et d’obtenir après synthèse, au moins deux avis contradictoires (par proposition), sinon plus. Ce forum permet de tracer et compiler toutes les composantes (technologiques, juridiques, législatives, sociales, etc) d’une proposition ou de sa contradiction. Cette étape est le coeur du système.

- Ces propositions et ces avis sont ultérieurement rédigés dans un volume d’expression calibré ( sous forme résumée uniquement), équitable, dans un style encyclopédique, (équivalent au style que les contributeurs utilisent sur wikipedia).

- Une fois les propositions rédigées, et déclarées comme satisfaisantes, des outils de publication peuvent lancer les consultations publiques et les votes associés.

- Un site dédié à la publication permet de présenter les propositions votées.

En Europe, dans certains pays comme l’Allemagne, l’Espagne, l’Islande, la Suède, la Hollande et bien d’autres, des universitaires, des chercheurs, des citoyens et des politiques conçoivent, testent et mettent en place des systèmes de consultation.

En Islande, la consulation citoyenne a été retenue pour réécrire la constitution du pays après le krach provoqué par un petit nombre de malfrats financiers en 2008. Bien sûr, cela ne s’est pas passé aussi bien que la presse a voulu le dire. L’implication des citoyens a été très faible, notamment à cause d’une mise en place trop rapide du système, d’un temps de débat réduit, d’un manque de communication et d’éducation à ce genre de démocratie, et d’un rush de l’ancienne classe politique et économique de l’ile pour parasiter le processus tenter de recoller discrètement les anciens systèmes clientélistes et opportunistes. Mais le précédent est là. C’est possible. Cette expérience nous apprend essentiellement qu’un changement de ce genre doit se faire sur un terme long, et après formation de la population.

En Espagne, un collectif citoyen tente également une méthode de démocratie libre dont la méthode semble la plus opportune pour contrer l’emprise des intérêts économiques et financiers sur le politique : récolter les voix citoyennes et leurs propositions par des outils numériques, les faire incarner par des humains devant défendre ces idées au sein des institutions actuelles. Il s’agit des débuts d’une forme de gouvernement parallèle, un concept similaire au gouvernement en exil, mais in-situ, dont on espère que la force et la validité politique puisse supplanter un jour les formes traditionnelles vendues aux intérêts financiers. Ce n’est pas gagné, mais c’est une expérience des plus intéressantes. Le projet s’appelle Democracia Directa Digital ( D3) . C’est une méthode mixte entre la forme politique traditionnelle en usage dans le monde, et l’injection de technologies numériques dans le processus. Cette méthode est également compatible avec les institutions républicaines françaises.

En Allemagne, décidément à la mode en ce moment où les comparatifs entre les deux poids lourds européens font florès, cela fait donc plus d’une dizaine d’années que l’on réfléchit à l’utilisation des technologies numériques comme outil d’aide à la (vraie) démocratie. Des outils d’aide au vote démocratique font leur apparition autour du concept de Démocratie Liquide, encore largement inconnu en France. Des partis comme le Parti Pirate Allemand tentent actuellement l’expérimentation, s’aidant de logiciels et de services conçus pour la Démocratie Liquide, comme Liquid feedback, ou Adhocracy.

En France, plusieurs tentatives émergent discrètement et avec plus ou moins de crédibilité politique, au sens noble du terme. L’une plus médiatique, l’autre plus technologique. Il y a le studiantin Democrateek.fr, dont la terminologie Eek rappelle plus l’origine Geek que Greek, qui a cependant pour avantage de faire progresser l’idée de la participation citoyenne dans le grand public et chez les jeunes.

Lorsqu’on arrive sur la page d’index des propositions, on se rend compte de deux choses très importantes :

Sur le fond :

Il est très important de définir sur quel champ politique, sociétal et territorial on propose d’agir.

Quel canal sera porteur de l’aboutissement du débat et des votes vers le champ décisionnel actuel ?

Comment présenter, hiérarchiser les grands territoires d’action démocratique, les grands "ministères", dans lesquels le citoyen peut poser sa pierre numérique ? faut-il calquer les institutions politiques et territoriales actuelles pour permettre une identification rapide du système ? ou peut-on également innover dans ce domaine ?

Sur la forme :

Quelle ergonomie est à mieux d’aérer la consultation et la participation au système ? L’ergonomie ’à la wikipedia’, comme celle que l’on observe dans la page portail de Wikipedia n’est elle pas immensément plus efficace, que tous les boutons et cadres mous du Web 2.0 ?


La plus sérieuse initiative en France me semble, du point de vue technologique, celle de LIQD [1], qui s’appuie sur Liquid Feedback et Adhocracy, même si la notion de "Agora Ex Machina" ( La démocratie issue de la machine) repérée sur le site me semble odieuse si elle n’est pas transformée en " La démocratie aidée par la machine". En effet, le concept de "démocratie issue de la machine", se rapproche trop des idées de la secte technologique dite "mouvement Zeitgeist", qui veut instaurer des ordinateurs-maitre dans d’immenses villes bétonnées et uniformes, ordinateurs qui gèreraient nos vies...

A l’heure où le corps électoral se réduit, où aucun citoyen ne se dit réellement satisfait du système de représentation de sa voix dans les institutions politiques, locales, nationales ou supranationales, ces initiatives sont porteuses d’une grande respiration, d’un grand espoir de reconquête de la vraie démocratie. Comment les perfectionner, les faire émerger ?

Les partis politiques sont-ils capables d’initier et ingérer le bouleversement de leur propres structures dans les formes réellement démocratiques que permettent le numérique et les réseaux ? ou faut-il contourner le fonctionnement des partis, jusqu’à ce qu’ils se joignent à d’autres initiatives ?

(billet en cours de rédaction et de modifications)


Voir en ligne : Article original

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[1Le PP-Alsace en est l’un des bêta testeurs

Messages

  • Texte clair, des exemples à l’étranger et j’ai particulièrement apprécié les 5 étapes permettant d’obtenir une consultation réussie (discutions préalables et présentation neutre, notamment).
    Bonne chance pour la mise en place au PP Alsacien :)

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