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Végétarisme, dogmatisme et contradictions

samedi 17 août 2013, par Nalaf

Alors que la chaine franco-allemande Arte a consacré une soirée spéciale au végétarisme, divers courants de pensée interne à ce mode de vie semblent entrer en contradiction les uns avec les autres : petit retour sur la lutte contre la vivisection, la reconnaissance des droits des animaux et le contrôle de leur démographie.

 Introduction

Pour introduire cet article, je dois vous révéler un détail sur la personnalité de son auteur. Je suis végétarien, c’est-à-dire que je ne mange pas de viande. Enfin si, mais une fois par mois généralement, et toujours d’origine bio, bref. Il y a énormément de types de végétarisme, notamment celui où il s’agit avant tout de réduire drastiquement sa consommation de viande, mais aussi d’autres plus stricts où la viande est totalement prohibée, mais les produits laitiers autorisés, et il reste encore la question du poisson, utilisé comme compensation par certains, interdits par d’autres.

Évidemment, j’omets la question problématique du végétalisme, qui est le régime végétarien poussé dans ses derniers retranchements. Les végétaliens rejettent aussi le cuir, la soie, la laine et tout ce qui de près ou de loin contient des matériaux d’origine animale.

Le but n’est pas de parler de moi, ni du végétalisme, mais de parler d’environnement et de droits fondamentaux, le droit des animaux notamment, et de son application pour les idées du parti pirate. Il y a beaucoup de raisons de devenir végétarien, et j’avais pour ma part une raison à la fois environnementale et altermondialiste. Pour simplifier, l’élevage de bétail destiné à la consommation est un véritable gaspillage de ressources, puisqu’il faut selon les études au moins dix kilos de fourrage pour obtenir un kilo de viande. Dix kilos qui auraient pu être consommés directement, de sorte qu’en supprimant totalement l’élevage (ou en le réduisant de manière à ce que la viande redevienne une denrée de luxe), on pourrait largement nourrir toute la planète.

Bon, il reste cependant le problème d’une agriculture durable, sans produits chimiques, qui respecte aussi bien la nature que les agriculteurs, etc. D’autres études prouvent que l’agriculture bio, avec des moyens techniques modernes et une exploitation rationnelle, n’est pas aussi improductive qu’on le croit. Mais laissons là cette question, ce n’est pas le débat.

L’objet de cet article est plutôt que pour certains végétariens / végétaliens, leur motivation première est le respect des droits des animaux, le respect de leurs libertés, la lutte contre la souffrance animale (notamment dans les abattoirs). Pour ma part, je n’ai pas honte de le dire, ce droit m’importe peu. Pourtant, je n’ai pas pu échapper à une certaine forme de propagande de ces militants pro-droits des animaux. Ainsi, ces derniers jours, j’ai été confronté à deux discours distincts, venant tous deux de ces militants.

 Trois combats des défenseurs des animaux

 De la lutte contre la vivisection*

Le premier est une pétition européenne, l’une de celle qui, si elle atteint le seuil d’1 million de signatures dans le délai imparti, sera présentée à la commission européenne pour examen. Cette pétition soutient l’adoption d’une directive européenne plus stricte contre la pratique de la vivisection.

Voici le lien de cette pétition :
https://ec.europa.eu/citizens-initi...

Outre le fait que cette pétition ne propose aucune définition de la vivisection, elle ne cherche pas non plus à proposer d’alternatives. Elle nous demande un acte de foi, signez sans savoir, signez pour épargner des animaux, signez pour leur éviter la souffrance. Bon après tout, pourquoi pas, que ceux que ça intéresse la signent, je n’étais pour ma part pas convaincu.

 La stérilisation pour lutter contre l’abandon*

Le second discours concerne la stérilisation des animaux. Ce n’est pas par une campagne, mais par une discussion en ligne que j’ai été interpellé à ce sujet. Apparemment, certaines personnes, y compris des végétariens, pensent qu’il vaut mieux stériliser les animaux plutôt que de les abandonner. Voici deux liens sur le sujet :
http://www.consoglobe.com/animaux-d...
http://www.fondationbrigittebardot....

Vous l’aurez remarqué, le second émane d’une fondation aussi connue que celle de Brigitte Bardot, et ce d’autant plus que l’abandon estival des animaux de compagnie est devenu un marronnier, un sujet qui revient chaque année, triste reflet d’une réalité statistique. Beaucoup d’abandons, peu de place, et une natalité animale mal contrôlée.

 Pour une reconnaissance des droits des animaux*

Et puis, finalement, on m’a proposé de visualiser ce discours donné par Gary Yourofski, militant américain des droits des animaux et du végétarisme, disponible ici
http://www.youtube.com/watch?v=9ivP...

Dans son discours, il dénonce la manière dont est organisé le système d’exploitation des animaux qui conduit in fine à leur usage sous diverses formes, dont la consommation. Il affirme que l’homme est de base un ami des animaux, que les enfants n’aiment pas voir les animaux souffrir, et que donc on nous apprend à les considérer comme un produit, qu’on nous inculque la supériorité de l’homme sur son écosystème, sur les animaux. En tant qu’êtres supérieurs, nous aurions des droits sur eux, et pourrions en faire ce que nous voulons, sans châtiment. Autant de postures qu’il dénonce, en parlant à ce sujet de discrimination, après le racisme, l’Homme est passé au spécisme, la discrimination envers les espèces animales. Il dénonce ce système où nous planifions à l’avance la mort – le meurtre dit-il – d’êtres vivants ou plutôt d’êtres pensants, capable de comprendre la situation, de ressentir, d’anticiper et de craindre la mort. Il expose par la suite divers arguments en faveur du régime végétalien, je n’y reviendrai pas.

Et là pour moi, c’est le choc. On peut être végétalien, être contre l’exploitation des animaux à des fins alimentaires et industrielles, être contre la vivisection, contre les abandons sauvages, pour la stérilisation des animaux et la protection de leurs droits fondamentaux.

 De l’opinion au dogmatisme

En fait, être végétarien ou végétalien, c’est implicitement bien plus qu’un simple régime alimentaire, c’est aussi une façon de penser. Une opinion qui, si on n’y prend garde, peut rapidement devenir un dogme. Il n’y a pas de place pour l’interrogation, et quand j’ai interrogé d’autres végétariens sur ces points de vue, quand je leur ai fait part de mon scepticisme, de mes réticences, j’ai eu l’impression d’être un chrétien au temps de la Réforme, un croyant osant remettre en cause certains points du dogme. Un hérétique.

Pourtant, à y regarder de plus près, il peut sembler contradictoire de défendre simultanément le droit à la vie, à une existence paisible, sans exploitation, et en même temps prôner la stérilisation comme moyen de contrôle. Car on en est là, il s’agit de contrôler. Or la notion de contrôle implique une forme de pouvoir, qui tire sa légitimité de la supériorité. Stériliser pour contrôler, pour prévenir une dérive, c’est montrer son pouvoir, c’est nier la liberté.

Or, dans son ouvrage de 1859 « De la liberté », John Stuart Mill écrivait
« Quiconque n’accorde pas la considération généralement due aux intérêts et aux sentiments d’autrui, sans y être contraint par un devoir plus impérieux, ou sans pouvoir le justifier par quelque inclination permise, mérite la réprobation morale pour ce manquement, […] [mais dans le cas] où il y a un dommage défini, ou un risque défini de dommage, soit pour un individu, soit pour la société, le cas sort du domaine de la liberté pour tomber sous le coup de la morale ou de la loi »

Stériliser les animaux pour éviter leur multiplication et permettre de diminuer les abandons (puisque les animaux abandonnés seraient adoptés) peut paraître une mesure juste, en ce sens où l’entretien des refuges et fourrières cause un dommage financier aux collectivités publiques, et que cela permet en outre d’éviter de devoir tuer les animaux abandonnés depuis trop longtemps. Pourtant, cela implique un contrôle de la société sur les animaux.

Dans son argumentaire, Mill traite de l’ingérence de la société sur le mauvais comportement des individus, et se demande s’il est légitime de rectifier les mauvaises habitudes. Il conclut qu’il ne faut pas punir la cause – par exemple l’ivresse – mais plutôt sa conséquences – ébriété sur la voie publique, ébriété d’un agent de l’état en service, etc. – quand celle-ci cause un dommage à la société et si elle n’est pas justifiée. Il y a dommage, et la cause de ce dommage n’est pas justifiée, donc il faut agir.

 Les contradictions d’un mouvement altruiste

Mais ici, nous parlons d’animaux. Sauf que pour les défenseurs des animaux, ceux-ci pensent, voire ont peut-être conscience d’eux-mêmes. C’était en tout cas l’opinion de Gary Yourofski. Et donc s’ils pensent, on pourrait supposer qu’ils sont capables de comprendre les conséquences de leurs actes, de leur reproduction non contrôlée. A fortiori, si on commence à les considérer comme des individus avec des devoirs, on pourrait aussi considérer qu’une manière de remplir leur devoir est de mourir pour fournir en viande les carnivores, même si nous parlons dans le cas de la stérilisation des animaux de compagnie, dont la consommation est prohibée par la loi.

La question est délicate, pleine de contradictions, et au final nous nous trouvons dans une situation où, pour protéger l’existence et les droits des animaux, on en vient à souhaiter restreindre d’autres droits. Les végétariens n’ont pas encore véritablement conscience des paradoxes que recèlent leurs positions, mais cette révélation ne saurait tarder, et ils devront alors apprendre le délicat équilibre du pouvoir, où il faut contrôler sans empiéter sur les droits.

Mais bon, s’ils gardent leur posture dogmatique, peut-être réussiront-ils à concilier ces positions contradictoires grâce à la magie du compromis ou de la vérité unique. Il n’y a pas besoin de savoir, juste de croire que les animaux doivent être protégés, même au prix de leur liberté.

Je ne l’espère pas cependant, continuant à croire que le vrai problème est l’attitude des gens à l’égard des animaux, et que ce n’est donc pas ces derniers qu’il faut punir en les privant de leur liberté de se reproduire, mais bien à leurs maîtres qu’il faut apprendre la bonne attitude.

 Et le parti pirate ?

Le but de cet article est de montrer les difficultés de la défense des droits individuels dans l’équilibre quotidien d’une société où il faut savoir empêcher les déséquilibres et manquements individuels de s’accumuler, sans pour autant empêcher les individus d’agir à leur guise. La défense de la liberté et des droits ne doit pas devenir un dogme conduisant à porter des œillères, mais un leitmotiv porteur d’innovation et d’espoir.

Ici, nous parlions d’animaux. Ça ne signifie pas pour autant que le thème est trivial. Une société plus juste, une société ouverte, où la liberté est la valeur cardinale, se doit aussi de prendre en compte tous les membres de cette société, même ceux avec quatre pattes, deux cornes, et de la fourrure sur le dos.

Dans un prochain article, je continuerai à parler écologie avec la question de la politique commune de la pêche, le pendant méconnu de la politique agricole commune. Un thème porteur dans l’optique des élections européennes 2014.


Photo : Bébé gorille - Certains droits réservés par duvalmickael50 (Flickr)

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